Juin. 2026

Été de réformes en Allemagne


Pour cette édition spéciale été, nous vous parlons des réformes sociales en cours en Allemagne. La situation actuelle des systèmes sociaux exige des transformations d'ampleur - le gouvernement s’y attaque petit à petit. Ce chapelet de réformes va occuper l’actualité tout l’été. Au cabinet, nous nous préparons à regarder les matchs de foot du mondial, la finale de NBA et le tour de France. Bel été à toutes et à tous.

Rendez-vous en août pour la prochaine édition.

Bonne lecture !

Pour briller à la pause café

  • Friedrich Merz entre dans l’Histoire… mais pas de la manière espérée. Ses 85 % d’opinions défavorables le sacrent Chancelier le plus impopulaire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les milieux d'affaires lui reprochent son immobilisme malgré les grandes réformes annoncées. Même à l'international, Berlin perd de son éclat : pour la première fois, son siège de membre non permanent au Conseil de sécurité de l'ONU n’a pas été renouvelé.

  • On connaît tous les retards à répétition des chantiers de travaux publics. L'Allemagne n'échappe pas à la règle : 36 % du bazooka budgétaire mis à disposition des Länder et des communes pour rénover les infrastructures du pays dort encore dans les caisses. Le ministère des Finances veut mettre un coup d’accélérateur par un système de bonus-malus pénalisant les collectivités territoriales qui traînent des pieds. Le message : moins de papiers, plus de pelletées.

  • Alerte rouge sur le modèle social allemand. Selon les prévisions de cinq économistes, le vieillissement démographique pourrait faire bondir les cotisations sociales de 50 % d'ici 2040. Un scénario catastrophe pour le pouvoir d'achat et la croissance. De quoi donner des sueurs froides à ceux qui pensaient que le système social allemand était immortel. La suite plus bas.  

  • Mauvaise nouvelle pour l’automobile allemande. L’Allemagne pensait avoir tiré d’affaire la filière grâce aux assouplissements de l’objectif “100 % électrique en 2035” fixé par l’UE. C’était sans compter l’offensive de la France et sept autres pays qui veulent retarder voire bloquer ces nouvelles mesures. Le verdict viendra peut-être des consommateurs qui se ruent sur les véhicules électriques alors que le pétrole flambe. 

  • Les multimillionnaires en Allemagne ne connaissent pas la crise. Portés par l'envolée des marchés boursiers, 5.000 Allemands possèdent désormais plus de 100 millions de dollars d'actifs financiers, soit 30 % de plus qu'en 2025. L'Allemagne se hisse au 3e rang mondial des grandes fortunes, derrière les États-Unis et le Japon. Une preuve de plus que l’intelligence financière résiste à toutes les tempêtes.   

Si vous l'avez raté

La légendaire ponctualité allemande s’applique à tout sauf aux trains. Depuis vingt ans, le réseau s’est dégradé par manque d’investissement dans les infrastructures, au point que seulement 60% des trains arrivent à l’heure (avec moins de 5 minutes de retard). La Deutsche Bahn a choisi de prendre les choses avec humour : une campagne de communication à 7 millions d’euros qui ironise sur les retards. Allez voir la série sur YouTube, preuve que les allemands sont capables d’autodérision.   

Les bombes sociales allemandes explosent les unes après les autres

Article écrit par Florian Chiron  

Je plante le décor.


L’Allemagne, ce sont en 2025 :

  • 650.000 naissances pour 1.000.000 de décès.
  • 1 million de départs en retraite pour 750.000 jeunes qui entrent sur la marché du travail.
  • 1 senior de plus de 65 ans pour un jeune de moins de 25 ans (contre 0,7 pour 1 en 2005).
  • une immigration nette de 350.000 personnes, en forte diminution.

Autrement dit :


Chaque année, l'Allemagne remplace un million de retraités par seulement trois quarts de million d'actifs. Et elle remplace un million de morts par seulement 650.000 naissances. Le poids électoral des seniors est désormais de 40% des électeurs.


Et bien sûr, avec un taux de fécondité de 1,3 , l’Allemagne est sur le toboggan du Japon (5 millions d’habitants perdus en 15 ans). En 2070, il y aura 8 millions d’habitants en moins en Allemagne.


Pas étonnant que les régimes sociaux, dans ces conditions, soient à l’os. L’Etat, donc nos impôts, écope comme il peut :


  • l’assurance dépendance est en deficit de 5 milliards.
  • l’assurance santé de 12 milliards.
  • l’assurance retraite de 120 milliards.

Intenable. Les cotisations ne suffisent plus, et les gouvernements successifs ont souvent acheté du temps à crédit.

Alors le gouvernement réforme :

Le système de retraite complémentaire “Altersvorsorgedepot” entre en vigueur en 2027. On peut en profiter dès 2026. La Aktivrente permet de travailler sans impôts après 67 ans, comme un signal pour vous dire que la retraite publique ne suffira pas.

Le système d’assurance-maladie public voit sa réforme votée en juillet. Avec notamment des hausses de franchises médicales. Une hausse des cotisations de 60 € par mois est prévue pour toutes celles et ceux gagnant plus de 5.000 € bruts. Des économies à l’hôpital, dans les traitements médicamenteux. Et ils vont encore durcir l’accès au privé.


Un conseil : si vous pouvez vous assurer privé, étudiez la situation, ca commence vraiment à urger.

Je payais en 2002 300 € de moins qu’un assuré public, je paye en 2026 plus de 400 € de moins par mois, tant le tourbillon des hausses de prix du public est infernal (+70% en 2018 et 2027).

L’assurance-dépendance, petite soeur de l’assurance-maladie, est en faillite. Créé en 1993, elle a consisté à payer des prestations à des personnes n’ayant jamais cotisé. Cette erreur de construction se paye cash. Idem, les cotisations vont fortement monter. Et les prestations diminuer. Là encore, le privé est 3 fois moins cher.

L’assurance retraite, au budget annuel de 400 milliards d’euros, se fait subventionner par l’État allemand à hauteur de 30% du budget. En effet, tous les mécanismes qui devaient stabiliser le système ont sauté : le gouvernement a fixé une “Haltelinie” à 48%, la Mutterrente a été maintenue, la possibilité de partir en retraite à 63 ans sans décote aussi. Pendant ce temps le deficit se creuse.

La devise des gouvernements successifs : après moi, le déluge. Les retraites vont augmenter de 4% au 1er juillet, soit plus vite que les salaires. La dérive est implacable.

On parle de mettre en place la retraite à 70 ans pour les jeunes nés après 1990. Réduire les promesses déjà accordées ? Politiquement, c'est toujours beaucoup plus difficile que de demander un effort supplémentaire aux générations suivantes.

L’été de réformes en Allemagne sera chaud. Car elles seront douloureuses et impopulaires. Mais ce sont les précédentes réformes de Schröder qui ont propulsé l’Allemagne au firmament de l’économie et de l’export lors de la dernière décennie. L’Allemagne a délaissé la rigueur.

“Vous chantiez ? et bien dansez maintenant !”

Pendant des décennies, l’Europe a financé ses systèmes sociaux grâce aux "dividendes de la paix". En effet, nous sommes - et heureusement - tous amis en Europe, malgré quelques bisbilles. Cependant le bouclier américain a quasi disparu, et le roi est nu face aux menaces aux frontières.

Je ne suis pas forcément fan de l’assurance-privée dans tous les domaines de la protection sociale. la solidarité intergénérationnelle veut dire quelque chose. Mais quand elle est à sens unique pendant plusieurs décennies, elle finit par se briser. On verra ce que fait le gouvernement Merz.

En attendant, plus que jamais, comptez sur vous-même. Pour beaucoup, il est possible de quitter l'assurance publique et passer à l'assurance-privée.

A mon avis, il vaut mieux se dépêcher. 

#60 ça n'arrive qu'aux autres

Mon client est parti pour un voyage d'affaires en Corée (du Sud bien évidemment). Il a fait beau on dirait. Dans l'un des temples de la capitale, il perd ses lunettes de soleil avec correction. Grâce à sa multirisque habitation et son assurance voyage, Generali lui a remboursé 566€ le coût total de ses lunettes. Pour l'absence de Gangnam Style je n'ai rien pu faire pour lui mais pour le reste, le cabinet a été au rdv.